
S’il y a bien un exercice peu évident à réaliser, c’est de faire une interview d’une personne que vous connaissez parfaitement (en l’occurrence un de mes meilleurs amis), car vous pensez (à juste titre ou pas) connaître à l’avance les réponses qu’il va vous apporter !! Cette personne en question est Fabrice Sabre, photographe avignonnais qui nous parle de sa prochaine expo et de son thème pour le moins intrigant.

- Peux-tu nous expliquer le thème de cette exposition qui se déroulera sur Avignon début Décembre ?
Le thème principal est l’oubli de la personne quand tout va mal dans la vie de quelqu’un, la dépression qui peut amener au suicide. Généralement les gens perdent leur boulot, puis leur vie personnelle et là, la dépression s’installe. Et souvent l’irrémédiable se produit car les gens ne s’intéressent pas aux dépressifs.
La femme mise en scène dans des situations de suicide est nue pour interroger le spectateur sur le fait que chacun peut améliorer la vie de l’autre quand il n’est pas bien. La nudité car au final, tout le monde nait nu et meurt nu. Et pourquoi la femme : tout simplement parce que je suis un homme qui aime regarder et comprendre les femmes.

- Comment t’es venue l’idée de partir sur ce thème bien précis, ce n’est pas forcément ce que l’on pensait que tu pouvais faire connaissant tes précédents travaux ?
L’idée me trottait dans la tête depuis un petit bout de temps, je voulais travailler sur la femme et sa plastique, mais je n’avais ni sujet précis, ni réelle expérience dans le domaine du nu.
La première étape fut avec un de mes modèles qui m’aida à faire des prises nues, et là j’ai compris que sans vraie thématique, je n’y arriverais pas.
Le deuxième évènement vint d’une amie qui m’expliqua un jour, qu’elle était détruite psychologiquement. Cela fit l’effet d’un ricochet dans ma tête, et d’ailleurs cette amie pose pour moi dans l’expo à venir.
- L’expo se déroulera du 3 Décembre 2009 au 3 Février 2010 au Théâtre des 3 Soleils sur Avignon, mais combien de temps t’as il fallu pour tout mettre en œuvre de A à Z ?
La conception pure et dure de l’expo (recrutement des modèles, prises de vues, repérages) a commencée le 26 août dernier et s’est finie le 11 novembre. Certaines photos furent difficiles à mettre en place comme celle du pont, ou encore celle de la pendaison. Et surtout l’une des choses la plus dure à mettre en place c’est la robustesse psychologique à avoir dans le thème abordé. Je reste quelqu’un de très émotif et la remise en doute de ce projet et survenue plusieurs fois.

- L’expo est relativement courte en termes de durée d’exposition, est ce une contrainte ou un parti pris de façon à passer plus vite à autre chose ?
Disons que c’est le début d’une série qui se déroulera sur l’année 2010. Je ne peux en dire plus pour l’instant.
- Si on compare l’affiche de l’expo ainsi que son nom avec le thème principal qui est le suicide, la personne venant voir l’expo et n’étant pas au courant du sujet, peut être interloquée !! C’est une autre façon de surprendre et peut être de choquer le public ?
C’est un contre pied flagrant certes, le premier degré des photos et le second de l’affiche. L’expo est partagée entre le choc et l’humour noir. C’est une forme de cynisme.
Mais le véritable but et de faire réfléchir les gens dans une société où l’on fait de l’individualisation de masse.
François Cluzet avait dit un jour qu’il ne croyait pas en l’homme ou la femme exceptionnelle, cette phrase m’a fait bondir pour le coté minimaliste que l’être humain peut avoir. Nous avons tous un coté exceptionnel et brillant en nous, qui justement fait de chacun de nous des gens exceptionnels.
- Quel a été l’élément le plus difficile à gérer pour réaliser cette série de clichés ?
La gestion des modèles amateurs, que je ne cesserai jamais assez de remercier pour le temps qu’ils m’ont accordés. De mon coté, la fatigue psychologique, étant un ancien dépressif, ce fut assez difficile certains jours, surtout pour la photo de la pendaison.

- Question technique qui fait fuir les gens qui comprennent rien, mais intéresse les pros : Quel matériel et logiciel à tu utilisés ?
Un EOS 5 D mark II avec un 24-105 mm 4L et un flash, et Picasa.
- Sauf, pour ta précédente expo qui jouait sur les doubles, tu n’es pas un acharné de la retouche photo sur ordinateur, penses tu que cela dénature trop les photos ou préfères tu simplement le côté brut ?
Cela dépend de ce que l’on veut montrer, à l’époque ou l’argentique régnait, on pouvait faire des effets spéciaux, retravailler les couleurs et contrastes, cela prenait juste beaucoup de temps. Avec le numérique, je considère les programmes de retouches photo comme un labo de tirage. Ensuite, c’est l’envie de faire un cliché à l’ancienne ou pas qui va rentrer en compte dans une expo.
- Le fait d’être sur Avignon, ne te freine pas dans l’évolution de ta carrière ?
Oui et non.
Oui, car j’aspire évidemment à me faire plus connaître et non car Avignon est une magnifique ville de croisement de population entre le nord le sud-est et le sud-ouest.

- Que dirais-tu pour inciter les gens à venir voir ton travail ?
Qu’il y a beaucoup d’effort de la part d’une bonne vingtaine de personne. Entre les modèles et le staff technique. Même si cette exposition arrive en période de Noël, mon but n’est pas de rendre les gens moroses, mais au contraire de montrer que l’espoir tient à de bonnes rencontres. Chacun est capable de faire de belles choses, ca ne tient qu’à nous.
- As-tu déjà des projets ou des idées pour tes expos à venir ?
Je peux juste dire que la prochaine sera très végétale.
- Tribune Libre.
Je tiens à remercier chaleureusement les modèles, ainsi que Pascal et Seb de Chez Ripert, Sébastien de la Vache à Carreaux, Raphaël Agasse, Aurélien Nougier, Jean Claude Michon, Yann Mercier, Vincent Mouret le Chapelier, Terrence de Chez Panagiotis, Nicolas Ribard, Marie-Hélène Porquet, Aurechs, Lalogene, le Level One, le Red Sky et Olivia qui a été un joli moteur durant toute cette période de prise de vue, sans oublier Sophie Mourey mon directeur de conscience.
Propos recueillis par Damien © Shunrize
Crédits Photos – © Fabrice Sabre

Dates : 3 Décembre 2009 au 3 Février 2010
Lieu : Théâtre des 3 Soleils
Accès : 4, rue Buffon 84000 Avignon

Thème intrigant ? Intrigant signifiant « qui a recours à l’intrigue pour parvenir à ses fins », sans doute avez-vous voulu dire « surprenant ». Or le thème n’a absolument rien de surprenant pour qui connait l’artiste. Le prochain thème étant végétal, souhaitons que les arbres sauront lui apporter ce que les hommes n’ont pas su lui apporter encore: la sérénité qu’il mérite et l’éloignement de l’artificiel et du superficiel.