
A l’heure où des sites web consacré au cinéma voient le jour à la vitesse à laquelle Gérard Depardieu descend une bouteille de pinard, il subsiste des irréductibles qui optent encore pour le support papier. Rencontre avec Lionel Grenier, l’un de ces adorateurs qui nous présente son bébé, la revue « Manivelle » :


- Lionel, tu es le rédacteur en chef et créateur de « Manivelle », peux-tu nous expliquer la genèse de ce nouveau magazine ?
Cela faisait quelques temps que je souhaitais écrire sur autre chose que le cinéma de genre. J’aime tous les cinémas alors je me suis dit que je ne serai jamais mieux servi que par moi-même ! J’ai donc eu l’idée de « Manivelle » et le projet s’est dessiné très rapidement. Pour les rédacteurs, j’ai contacté des copains qui écrivaient sur le genre mais dont je connaissais la diversité des goûts. J’en ai rencontré d’autres par l’intermédiaire d’amis communs. Quand le numéro 1 est sorti, de nouveaux rédacteurs se sont manifestés. Je pense qu’avec le numéro 3, nous avons un socle solide de rédacteurs. Avant cela, il a fallu créer la structure pour éditer « Manivelle », la déclarer à l’INSEE. Le premier numéro bouclé, nous avons fait en sorte d’obtenir le dépôt légal ainsi que le numéro ISSN. Bref, c’était l’aspect le moins glamour du projet ! Mais le plus difficile aura été de trouver des personnes vraiment motivées et compétentes pour la maquette, les relations presse…
- Dans « Manivelle », tu as choisis de parler des auteurs dans le sens littéral du terme, tu n’as pas peur que tes lecteurs ou potentiels lecteurs fassent un amalgame avec le cinéma dit « d’auteurs » ?
Moi, j’aime Pialat, Carax, Godard mais aussi Fulci, Hooper, Barker ou encore Sollima. Pourquoi cloisonner ? On ne répond pas à un sectarisme par un autre sectarisme. Ce qui compte, c’est l’émotion que peut provoquer un film ; l’émotion n’a pas de codes ! Notre but est de montrer que derrière un film, il y a un auteur. Cet auteur n’agit pas seul, il est entouré d’une équipe. Voilà pourquoi nous souhaitons aussi donner la parole aux producteurs notamment. Nous ne nous positionnons contre personne. Manivelle ne s’adresse pas spécialement aux cinéphiles de telle ou telle catégorie. Ceux qui aiment le cinéma et qui sont curieux, alors « Manivelle » les attend !

- Pourtant c’est George Lucas qui est en couverture du numéro 2 avec un titre provocateur.
Oui mais ce n’est pas un dossier contre la personne. Nous essayons d’expliquer comment l’élément le plus radical du Nouvel Hollywood a abandonné toute ambition artistique au moment où il obtient l’indépendance financière avec le succès de « Star Wars ». Le texte de Thomas Pujol plaît d’ailleurs autant aux fans de la saga qu’à ses détracteurs. En fait, les commentaires saignants viennent de gens qui n’ont pas lu l’article. Maintenant, ce choix de couverture a soulevé quelques réflexions… Pourquoi Lucas à la place de Questi ? Eh bien, Lucas attire plus l’attention. Si Lucas en couverture permet une meilleure vente pour faire découvrir un cinéaste comme Questi, nous assumons.
- D’ailleurs pour contrecarrer d’entrée cela, le premier numéro était en parti consacré à la Cannon, maison de production phare du cinéma bis des années 80…
Oui, absolument ! L’idée étant de faire tomber certaines idées reçues ! La Cannon a également produit Cassavetes, Godard ou Tobe Hooper ! Dans ce numéro, nous proposons un dossier qui montre comment les films d’exploitation de la firme sont la mise en image de l’idéal reaganien ; l’argent gagné servant ensuite à produire des films peut être moins grands publics.

- Le second numéro est sorti il y a de cela quelques semaines et traitait à la fois de Giulio Questi, George Lucas ou encore Milos Forman et Werner Herzog. Comment se déroule la ligne éditoriale ? qui fait le choix des articles, critiques et autres dossiers ?
Tout d’abord, interviewer le grand Giulio Questi a été quelque chose d’extraordinaire. C’est dans ces moments-là qu’on se dit que ça vaut le coup de mettre autant d’énergie dans un projet comme « Manivelle ». La composition des sujets est assez simple en fait : J’ai des envies de textes et je contacte les personnes que j’estime être les plus pertinentes en fonction des sujets. Comme nous commençons à bien nous connaître, cela se fait naturellement. Nous essayons de trouver un équilibre entre mes envies et celles des autres rédacteurs.
- Dans chaque numéro tu nous propose des interviews de personnes injustement méconnues, oubliées ou qui n’ont pas forcement eu la lumière qu’ils méritaient à leur époque. Ça doit être difficile de rentrer en contact avec des personnes qui ne sont pas en promo permanente !! ??
Alors, d’abord, si nous avions la possibilité d’interviewer des gens comme Depardieu, Blier, Godard, Carpenter, Scorsese ou Anderson, nous le ferions immédiatement ! Mais ce qui nous intéresse, forcément, c’est de faire parler des gens qu’on n’entend pas ailleurs. Nous sommes fiers d’avoir été la première revue à donner la parole à des réalisateurs comme Perkowski ou Bressier. Menahem Golan et Giulio Questi sont, à leur niveau, de fortes personnalités du Septième Art. A notre grand bonheur, bien qu’ils n’aient pas de promotion à faire, ils nous ont ouvert leur porte de manière très simple, sans intermédiaire. Pour les contacter, il suffit de connaître les bonnes personnes, voilà tout et avoir un projet susceptible de les intéresser.

Nicolas Bressier en plein tournage de « Snuff Films »
- Peux-tu nous présenter en détail l’équipe de « Manivelle » ? De quels horizons venez-vous ?
Côté rédaction, nous sommes (pour le moment) cinq réguliers. Je crois que Thomas Pujol est le plus jeune d’entre nous. Il étudie le théâtre. Julien Oreste et Adrien Clerc sont les créateurs du fanzine « Torso » et doctorants en cinéma. Guillaume Flouret, lui, est prof. Si nous avons des goûts parfois différents, nous sommes toujours complémentaires. Il y a ensuite des camarades de jeu qui nous rejoignent en fonction des sujets que nous souhaitons aborder. Patrice Solaio est notre secrétaire de rédaction. Vanessa Gryczynski est infographiste ; elle s’occupe donc de la conception graphique de « Manivelle ». Sa sœur, Johanna est en charge des relations presse.
- A titre personnel, tu es également l’auteur d’un livre sur Leos Carax et tu as également participé à un livre sur Lucio Fulci. Est-ce que tu as d’autres projets en cours ou te consacre tu à temps plein a l’évolution de « Manivelle »?
Déjà, la fabrication d’un numéro de « Manivelle » prend beaucoup de temps puisque que je suis le directeur de publication, le rédacteur en chef et que j’écris aussi quelques textes ! Pour cela, j’ai décidé d’arrêter d’écrire « régulièrement » pour d’autres titres, histoire de ne pas trop m’éparpiller (et de vivre un peu aussi !) En plus, à côté de cela, je m’occupe de mon site sur Lucio Fulci qui gagne de plus en plus de visiteurs. Ceci dit, j’ai écrit dans le prochain hors série papier de Cinétrange consacré aux années 80 et dans un ouvrage sur l’homosexualité dans le fantastique. J’ai un projet de livre sur un cinéaste mais la chose est tellement incertaine que je ne peux rien en dire pour le moment…

- Comment peut-on se procurer « Manivelle » ? Où est-il disponible à la vente ?
Les Avignonnais peuvent trouver la revue sur Avignon et ses alentours. «Manivelle» est aussi disponible au CCC de Grenoble grâce à Karel Quistrebert. Il y aura bientôt un point de vente sur Paris. Sinon, vous pouvez l’acheter sur le site sin’art ou, à l’ancienne en nous envoyant un chèque. Pour les détails, je conseille à tout le monde de se rendre sur notre Myspace
- Est-ce que tu peux nous parler un peu du programme du prochain numéro ?
Le numéro 3 sortira début décembre. Je suis très satisfait des textes que je reçois actuellement ! Il y aura notamment un très bon dossier sur Monte Hellman, ainsi qu’un long entretien avec un très grand producteur qui a gagné Palmes d’or, Oscars, Césars et Goyas ! Je pense que les fans de John Carpenter seront aussi à la fête.
Propos recueillis par Damien Garrel © Shunrize
Crédits Photos © Lionel Grenier / Manivelle


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04/04/2011 à 21:06
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