En 2004, j’ai découvert le travail d’Eddy Brière par le biais d’un Forum consacré à la photographie qui n’existe plus aujourd’hui (Sans Prétention) et depuis je suis de près ce qu’il fait. Son nom ne vous dit peut-être rien mais à moins d’être atteint de cécité, vous avez très certainement vu un de ces travaux. Il a notamment tiré le portrait de nombreuses stars issues du cinéma et de la musique pour des magazines comme Score, Brazil ou encore Crossroads, réalisé des séries mode, fait des affiches de cinéma et récemment publié un recueil de photos. Malgré son talent indéniable, il n’est pas de ceux qui aiment s’étendre sur ce qu’ils font et il brille par sa discrétion. C’est pourquoi, je vous propose de le découvrir à travers une interview qu’il a bien voulu m’accorder.

- Pourrais-tu te présenter ?
Ça c’est le genre de question qui me met tout de suite mal à l’aise. Pour faire rapide, je reprendrais une phrase inscrite au dos de mon livre qui me fait toujours sourire : Eddy Brière est photographe de mode et de cinéma.

- Quel a été ton parcours et qu’est-ce qui t’a amené à faire des images ?
J’ai une formation scientifique, j’ai fait des études de physique pour me tourner rapidement vers la robotique et l’informatique. J’ai commencé par l’enseignement puis fait de l’ingénierie et enfin du conseil en informatique. Étrangement, je suis le seul matheux de la famille, chez moi tout le monde avait la fibre artistique. J’ai été rapidement découragé par mon père côté dessin et c’est pour cela que je me suis tourné vers les sciences. Malgré tout, je suis resté sensible aux images sous toutes leurs formes et je ne trouve pas si étonnant ce virage professionnel. Les sciences ont toujours et restent encore une passion mais je crois que je n’ai jamais voulu être informaticien, même si j’étais très bon dans ce domaine. J’ai toujours su que je basculerai professionnellement. En revanche, dire que la photographie était évident, je ne le crois pas, loin de là. La photographie est une rencontre inattendue. Je crois que ce sont des concours de circonstances qui m’ont amené à me dire que je pourrais en faire un métier. Au départ, c’était une passion comme une autre. Au fil de rencontres et d’expériences, je me suis rendu compte que la photographie était plus en adéquation avec ma personnalité. J’avais envie de raconter des choses et de manière plus accessible. La mise en scène me plait beaucoup et la photographie me permet de m’éclater à ce niveau.


Une photo issue de la série Birds


Bruno et Coralie joos

- La plupart de tes clichés sont empreints d’une ambiance cinématographique, peux-tu nous dire quels sont tes films préférés ?
C’est que j’en ai plein… bon je me lance. Le premier qui me vient à l’esprit c’est « Blade Runner » de Ridley Scott. Ce film est magnifique en tout point. D’ailleurs au-delà de vous inviter à le voir, je vous conseille le making of, un vrai bijou. « The Wall » réalisé par Alan Parker, « Brazil » de Terry Gilliam, « The Barber » des frères Coen. Mais aussi, « Dark City », « Le bon, la brute et le truand », « Mon nom est personne », « Dobermann », « Dogma », « Un jour sans fin », « Soleil Vert », « La planète interdite »… Je m’arrête là, car j’ai une longue liste de films préférés.

- En parlant du 7e art, tu es l’auteur d’affiches de cinéma (« Sans arme, ni haine, ni violence », « Bouquet Final », « Cyprien », « Erreur de la banque en votre faveur »…). Que ressent quelqu’un d’aussi discret que toi quand son travail est placardé sur tous les murs ?
Ça me donne le tournis… ;)


Quelques-unes des affiches réalisées par Eddy Brière

- En visionnant les vidéos faites lors de tes séances photos, j’ai pu constater que la bonne humeur régnait sur tes shoots. Aurais-tu une anecdote, un souvenir que tu voudrais nous faire partager ?
Quand vous réunissez un groupe de gens talentueux sur un même projet, vous n’obtenez pas forcément un résultat représentant la somme des compétences de chacun. L’énergie générale est pour moi le point déterminant pour réaliser de jolies choses. Les personnes dont je m’entoure sont en général des personnes qui laissent leur égo au vestiaire. On fait un travail fantastique et on vit des moments privilégiés. On ne peut être que de bonnes humeurs en le réalisant. Coté anecdote, je dois en avoir certainement des milliers mais comme ça là… rien ne me vient. J’ai surtout un truc très redondant, c’est que j’oublie quasiment tout le temps d’enlever le cache de mon objectif et comme déclencheur de fou rire c’est assez efficace.

- Tu travailles souvent en collaboration avec un autre photographe Williams.B, comment vous êtes-vous rencontrés ? Comment fonctionne votre binôme ?
Williams, c’est la rencontre photographique. Il a brisé des barrières que je me construisais pour laisser place à plus de sensibilité dans mon approche photographique. Etant scientifique, j’ai toujours eu tendance à avoir une approche mathématique des choses et ce que je faisais au début. La photographie est souvent abordée de manière très technique et on vous la présente toujours ainsi. Alors qu’en fait, ce n’est que de l’observation. C’est cette simplicité et sa générosité qui m’ont séduit tout de suite chez Williams et je crois que c’est pour ça que nous sommes resté amis. Notre binôme c’est Eddy Briere et Williams B ou Williams B et Eddy Briere. Il a une idée, je le suis et inversement. Sur le plan professionnel, quand nos plannings le permettent, c’est mon premier assistant et réciproquement.


Eddy Brière et Williams Bonbon, Easy Riders

- Tu as sorti en novembre dernier un recueil de photos intitulé « 7 minutes de plaisir » où l’on retrouve une pléthore de stars (Louise Bourgoin, Clovis Cornillac, Benoît Poelvoorde…) entrain de fumer leur cigarette. Peux-tu nous expliquer la genèse de ce livre ? As-tu d’autres projets de ce type dans tes tiroirs ?
Cette aventure a débuté chez Danger Public du groupe des Éditions de la Martinière. Pour eux, je réalisais déjà des couvertures de livres. Un jour, Philippe Moreau le Directeur éditorial, me propose de réaliser un livre sur mes photos. Évidemment, j’étais très emballé par l’idée mais je n’avais aucune idée de contenu. Puis rapidement, je lui dis : « Il y a un truc très redondant dans mes images c’est la cigarette ! ». La loi d’interdiction de la cigarette dans les lieux publics allait être en vigueur à la fin de l’année. Philippe fut séduit tout de suite par cette idée. Ici, je voulais illustrer l’aspect esthétique et cinématographique de la cigarette et absolument pas en faire la propagande. C’est en écrivant, le premier texte d’introduction expliquant la démarche que le titre à vu le jour : 7 minutes de plaisir. D’ailleurs le projet initial était de photographier des femmes sublimes en train de fumer avec pour titre ironique : Smoke is not good !


7 minutes de plaisir
Auteur : Eddy Brière
Éditeur : Danger Public
Prix : 12€

Un projet de ce type c’est énormément de travail, l’aspect photographique n’est vraiment rien comparé à l’organisation, l’écriture des idées, les rencontres et ça je n’y serais jamais arrivé en 7 mois si je n’avais pas rencontré Stéphanie Vaillant. Son implication dans le projet a donné une dimension supplémentaire à ce livre. Les rencontres c’est cela qui nous fait avancer. On peut être un bon chef d’orchestre mais sans musicien difficile d’exprimer quoi que ce soit. Côté projet, oui j’en ai plein la tête et réaliser un second livre en fait partie. Le premier a été un succès et c’est très encouragent pour la suite.


Louise Monot et Benoit Poelvoorde

- Tes portraits ont un décor assez minimaliste. Est-ce un choix ? Qu’est-ce qui t’intéresse dans le portrait ?
De manière générale, je dirais que ce qui m’intéresse dans une image c’est l’émotion qui peut s’en dégager. Elle peut être floue ou cramée, ce qui me plait c’est de sentir vraiment quelque chose de percutant. Quand je réalise des portraits mon focus est sur le sujet et donc le reste est superflu (ce qui explique les décors assez minimaliste). Je me concentre essentiellement sur le regard et ensuite je compose autour de ça.

- Parmi tous les portraits que tu as réalisés, lequel t’a le plus touché ?
Je ne crois pas être plus touché par un portrait que par un autre. En revanche, il y a des rencontres plus fortes que d’autres, c’est évident. Quand vous rencontrez Catherine Deneuve, Béatrice Dalle, Yolande Moreau, Gael Garcia Bernal, Benoit Poelvoorde, Terry Gilliam, Michel Gondry, Takeshi Kitano, Matt Groening, Brad Bird, John Hurt, Elijah Wood, Emir Kusturica et j’en passe, vous êtes forcément touché avant même de faire la photo. Le portrait en reste même parfois anecdotique. A côté de ça, vous avez les portraits des anonymes qui sont tout aussi touchants. Je me souviens d’un vieil homme que j’avais photographié. C’était pour la commune de Noisy-le-Sec qui réalisait des portraits d’anciens salariés de la SNCF habitant la ville. Il était arrivé avec l’arcade sourcilière en sang car il avait trébuché en arrivant au studio. Il s’était fait tout beau pour la photo et il me racontait ses souvenirs de guerre (un moment très marquant de sa vie). Ce jour là, j’étais vraiment fier de faire ce portrait.


Zack Snyder et Olga Kurylenko


Takeshi Kitano et Will Ferrel

- Est-ce qu’il t’arrive de te rendre dans des expositions photo et si oui quelle a été celle qui t’a le plus marqué ?
Oui, je fais de temps en temps des expos photos. J’avais beaucoup aimé le travail de Gregory Colbert, ou encore la dernière expo de Richard Avedon (enfin la deuxième partie). Mais, je crois que c’est souvent les photographes reporters qui m’impressionnent le plus. Quand je vois James Nachtwey qui est capable de telles compositions alors qu’il shoot entre les balles de mitraillettes, je reste toujours admiratif. Enfin, pour répondre à la question, l’expo qui m’a le plus marquée est celle de Sebastiano Salgado il y a quelques années à la Maison Européenne de la photographie à Paris.

- Il y a quelques années, tu disais ne pas vouloir tenir de blog. J’ai découvert récemment que tu avais ouvert le tien, pourrais-tu nous expliquer ce qui t’a fait changer d’avis ? Quelle est la ligne éditoriale de ce dernier ?
Pour dire vrai, je me pose encore mille questions au sujet de ce blog. J’ai beaucoup de mal à m’exposer car je suis quelqu’un d’assez pudique. Je commence à m’habituer aux interviews mais j’avoue que je ne suis jamais très à l’aise. Alors pourquoi ce blog et aujourd’hui ? Mon site reste une vitrine de mon travail. Mais je ne suis pas un photographe qui travaille seulement en solo. Au contraire, j’aime l’énergie de groupe. Je blogue ce que l’on ne voit pas sur le site : backstages, des essais, des rencontres, les inclassables, des coups de cœur, des anecdotes… Je crois que c’est encore un blog assez timide et quelque peu brouillon, mais bon, avec le temps on verra ce que ça donne.

- La photographie n’est pas le seul média avec lequel tu travailles, j’ai vu que tu faisais également des vidéos. La réalisation est quelque chose que tu souhaites approfondir ?
Un ensemble de choses se démocratise. La photographie numérique a fait surgir beaucoup de talents et maintenant c’est au tour de la vidéo. D’ailleurs je pense que les deux disciplines vont naturellement fusionner. Je suis cette vague et comme des milliers d’autres je suis aussi tenté par la réalisation de films. Je pense que c’est aussi une suite logique de mon approche photographique qui reste très cinématographique. J’ai envie d’exprimer de nouvelles choses via l’image animée c’est évident.

- Enfin je souhaite te laisser le dernier mot, tribune libre !
J’ai découvert ton blog tout récemment et j’avoue avoir été séduit. Je sais que tu commences à faire des interviews et je te souhaites de rencontrer du beau monde et que ton blog devienne un franc succès. Bon c’est un peu mon happy end de l’interview, avec des ballons de couleurs qui s’envolent dans le ciel, mais c’est sincère.

Propos recueillis par Valérie Levilain © Shunrize
Crédits Photos – © Eddy Brière

6 Réponses

  1. Bebealien

    Marrant, j’ai failli faire un court métrage avec lui en directeur photo il y a un an ou deux.
    Mais en tout cas il est très doué Eddy, et il risque en effet de passer très vite à la réal…

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